Politiquement correct... et (surtout) incorrect

Politiquement correct... et (surtout) incorrect

CHM 9-10. Cyril - Une incroyable érosion

C'est l'histoire d'un mec...

CYRIL

Le titre de champion de France, le troisième de l’histoire du club, a été obtenu avec à la tête de l’équipe celui qui aura sans aucun doute été le personnage le plus controversé de RCM Basket, Cyril.
Je ne pouvais probablement pas lui offrir plus beau cadeau que lui confier la direction de notre équipe première… même si cette décision, approuvée par le Comité Directeur, a suscité un certain nombre de remarques négatives. Il y a des gens « clivants ». Cyril en fait partie… et il ne fait rien pour que cela change même si, au fil des ans, il a su considérablement évoluer vis-à-vis des joueuses.
Se séparer de lui n’a pas été simple car c’est assurément un « personnage » qui avait parfois le don de me mettre hors de moi (doux euphémisme !) mais qui, en même temps, est diablement attachant… ce qui explique qu’il soit resté si longtemps en poste !
Cyril a  au moins trois qualités basiques : il a la passion du basket, il a la passion de son équipe, il a la passion de RCM Basket qui était (et reste probablement au fond de lui-même) « son » club. Plusieurs fois on l’a vu coacher « en dépannage » des équipes de jeunes avec le même enthousiasme que la Nationale 2. Simplement pour rendre service.
Au début, j’ai eu un peu de mal, je l’avoue, à me faire à ses hurlements sur le banc et aux avoinées infligées à certaines joueuses, à commencer par Heidi, son épouse. J’avais beau savoir que c’était la tendance de nombreux coaches, c’était parfois difficile à supporter.
Inversement, il arrivait que, fâché de l’attitude de l’équipe, il se mît sur une chaise et ne prononçât plus un seul mot pendant un long moment, boudant manifestement.
Au fil des ans, Cyril est parvenu à se canaliser, à faire passer ses messages avec plus de diplomatie et sans forcément hausser le ton. Lui qui ne supportait pas la moindre approximation de ses joueuses, lui qui « dégoupillait » au premier coup de sifflet discutable, lui qui visitait quasiment chaque jour son ORL pour soigner ses cordes vocales, devint au fil du temps d’une sérénité qui aurait fait passer Lao Tseu pour un agité chronique.
J’ai adoré les « debriefings » du lundi où il donnait la pleine mesure de son talent.
Ce n’était plus Cyril mais le Louis de Funes chef d’orchestre de la Grande Vadrouille.
Au lendemain d’une victoire il commençait par une gerbe de compliments et félicitations mais, au fil des mots, celle-ci se muait en une meule de reproches. La mauvaise foi poussée à ce stade, c’était du grand art !
Jusqu’à ce que l’on appellera le « miracle de Carqueiranne ». Au terme d’un match il est vrai remporté de superbe façon, les joueuses eurent la stupéfaction de l’entendre leur faire des compliments. Et manifestement des vrais. Le Cyril nouveau était arrivé !
Comme tout coach, Cyril avait ses conceptions. Le reproche essentiel que nous lui avons fait – et qui a conduit à son éviction décidée par la grande majorité des dirigeants (mais ni Pierrette, ni René) – a été de ne pas donner leur chance aux jeunes du club alors que nous disposions, en NF2, d’une ossature exceptionnelle qui aurait dû permettre d’intégrer tout doucement nos espoirs. Nous avions choisi son successeur pour appliquer cette politique mais il n’a pas fait mieux dans ce registre. Je reconnais qu’en NF1 il pouvait difficilement agir autrement.
Il n’en demeure pas moins vrai que j’ai toujours salué sa fine connaissance du basket  et il l’a encore prouvé lors de la finale du championnat de France. Le match s’annonçait difficile face à une équipe de La Garnache qui nous avait posé tant de problèmes lors des deux matches de play-off et personne n’aurait pu prévoir pareille démonstration. Dans ce jeu d’échecs que peut être le basket, Cyril a gagné avec la complicité de son fidèle Fred, tous deux ayant su tirer les enseignements des deux matches précédents pour adopter la meilleure façon de venir à bout de l’adversaire et faire partager leur vision des choses aux joueuses.
Cyril aura eu l’intelligence d’être assez pragmatique pour s’accommoder autant qu’il lui était possible de la présence… envahissante d’une Barbara dépositaire du jeu. Il est bien certain que la cohabitation avait des limites… qui ont fini par être atteintes.
En fait, il y avait deux Cyril, celui « du terrain », le coach jamais satisfait dont le visage évoquait généralement un pitbull atrabilaire privé de sa ration de croquettes. Et puis le Cyril « de tous les jours » qui parvenait à baisser un peu la garde s’il se sentait en confiance. Je pense qu’il l’a été avec moi. Au moins de temps à autre.
Mon vrai regret sera de lui avoir ôté par deux fois la possibilité de coacher en NF1, la première lorsque nous avions refusé l’accession, la seconde en le remerciant.
Il se sera quand même consolé avec le titre de champion de France.

Une incroyable érosion

RCM Basket, plus exactement la section Basket de l’ASRCM (devenue autonome en 1998 sous son nom actuel), a bâti sa légende sur de jeunes joueuses originaires de Roquebrune et des environs.
De 1971à 1984, soit en treize ans (les superstitieux y verront un signe), le club est ainsi passé du plus bas niveau départemental… poussines à l’élite senior nationale ! Incroyable mais vrai.
En 1971, lorsque Robert Furgeri, l’homme par qui tout a commencé, créa la section, celle-ci ne reposait  que sur une quinzaine de jeunes filles âgées de moins de douze ans, poussines et benjamines, Sylvie et Yannick Quero, Valérie Boggetti, Corinne Fasiolo, Cathy Duperey, Sylvie et Corinne Bensaïd, Aline Aqualeni, ainsi que Mlles Lottier, Zyskowski, Ramoino, Le Bayon, M. Acqualeni et une certaine… Pierrette Manas !
Six ans plus tard, Roquebrune disputait pour la première fois un championnat senior, au plus bas niveau (Honneur départemental) avec une équipe essentiellement composées de cadettes où l’on retrouvait trois des poussines de 1971, Sylvie Quero, Cathy Duperey, Corinne Fasiolo. 
Désormais dirigée par Paul Berio - qui avait succédé à Robert Furgeri devenu président - l’équipe roquebrunoise allait régulièrement grimper un échelon chaque saison atteignant un championnat national, la NF3, au terme d’une éblouissante saison 80/81: 21 matches, 21 victoires et une différence de points de +872, un record dans le genre.
L’année suivante Roquebrune ratait l’accession à la Nationale 2 pour... deux points dans un match de barrage. Ce n’était que partie remise.
Au printemps 1983, le club roquebrunois était champion de France de Nationale 3 et accédait donc à la Nationale 2. Rebelote la saison suivante: titre de champion de France de NF2 et accession à la Nationale 1.
A partir de ce moment, l’histoire ne fut plus tout à fait la même.
Les joueuses « du cru » s’effacèrent progressivement faute de renouveau. Il était difficile, dans un si petit club, de mener de front une politique de haut niveau et une politique de formation. Plusieurs fois, des équipes cadettes de qualité purent laisser penser qu’une relève se préparait. Il n’en fut (presque) rien.
Pendant des années, le club roquebrunois a dû sa survie à des filles de l’extérieur. Lors des déplacements, il n’était pas rare que le car partît avec une ou deux joueuses seulement à bord. Les autres étaient pour la plupart à Nice. Le plus souvent, elles avaient été laissées sur le carreau par le Cavigal et son équipe « pro » et s’offraient ainsi une nouvelle carrière… pour notre plus grand bonheur car elles étaient d’un niveau élevé, largement suffisant pour une NF2 où nous sommes restés une bonne quinzaine d’années.
Dans ce laps de temps, quelques Roquebrunoises « de souche » sont parvenues à intégrer l’équipe première. Mais à la notable exception d’Heidi, aucune n’est parvenue à réellement s’installer dans le « cinq majeur ».  
Il faut dire aussi que les mentalités ont bien changé. Dans les précédentes générations, la plupart des filles avaient, comme on dit, « le basket chevillé au corps ».  Ce n’est plus le cas. Le basket est une activité parmi d’autres à laquelle on s’adonne un temps et que l’on délaisse ensuite pour de multiples raisons.
Et puis RCM Basket est d’une certaine façon victime de son environnement idyllique. Le basket est une des activités proposées à la jeunesse parmi une kyrielle d’autres  telles que danse, équitation, football parfois, musique, etc…
Cette situation est d’autant plus pénalisante que, à l’inverse, dans certaines communes du centre de la France (mais pas que) qui furent (ou sont) nos adversaires, le choix proposé est simple : basket… ou basket.
Paradoxalement, RCM Basket n’a jamais eu autant de membres que ces dernières années. Malheureusement l’érosion est incroyable. Sur 65 jeunes filles recensées des U11 aux U17 lors de la saison 2011/12, il n’en reste plus que 12 cette année ! Moins d’une sur cinq ! En cinq ans…
Dans ce contexte, croire que la formation pourra permettre à un club de retrouver son lustre d’antan est une douce utopie… sauf à retrouver une génération aussi exceptionnelle que celle des années 70 qui avait été à l’origine de la fabuleuse ascension du club. Mais ça…

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