Politiquement correct... et (surtout) incorrect

Politiquement correct... et (surtout) incorrect

CHM 3-4. Dédée et David - La déchirure

C'est l'histoire d'un mec...

Dédée et David
Les souvenirs que je garde de l’épopée roquebrunoise en NF1 sont, je l’avoue, assez flous. D’abord parce qu’ils commencent quand même à dater et qu’il s’est passé beaucoup de choses depuis. Ensuite parce que la connexion avec l’équipe a été relativement difficile à établir. Les filles ne nous connaissaient pas et nous ne pouvions connaitre que les joueuses, pas l’être humain qui se cache derrière la joueuse. Or, pour moi, l’un ne va pas sans l’autre. C’est d’ailleurs ce qui a rendu passionnante, par la suite, ma fonction de dirigeant auprès d’elles. Sans tomber dans la psychologie de bazar, il est bien certain que, bien souvent, la femme reste un mystère pour l’homme ! Et qu’il y avait souvent un grand delta entre la joueuse que nous côtoyions et la femme !
En fait, durant ces années, nous avons été plus proches des dirigeants de l’époque et de l’entraîneur. Je ferai quand même une petite exception pour la capitaine Dédée Périsi avec qui le lien était un peu plus facile parce qu’elle était l’aînée du groupe et donc plus proche en âge de moi et René.
Si elle est aujourd’hui – et depuis de nombreuses années - une dirigeante active du Cavigal,  notamment auprès des U13 Ligue entraînées par Christian David, son mentor de toujours, Dédée a  quand même un peu, beaucoup de jaune et rouge dans son cœur.
Voilà ce qu’elle écrivait sur son blog en 2012 : « Cet après-midi les Benjamines de "Coach Christian" rencontrent leurs homologues Roquebrunoises, dans cette Salle Valgelata, où j'ai joué pendant sept saisons, et ces saisons-là justement, sont restées pour moi les meilleures de ma "carrière" tant sur le plan sportif que relationnel ».
Physiquement, Dédée était le contre-exemple parfait de l’image que l’on se fait de la basketteuse, grande et élancée.
Elle-même le reconnait sans rechigner : « J'ai, tout au long de ma "carrière", cumulé deux handicaps : ma taille et mon poids. Mais ces handicaps, je les compensais par une grande vivacité, un bon sens du jeu collectif et de l'anticipation, une bonne adresse aux tirs extérieurs, et un bon mental.
J'ai arrêté de jouer au haut-niveau à l'âge de 37 ans, puis j'ai continué encore un dizaine d'années en Championnat régional ou départemental.
Durant toutes ces années de compétition j'ai connu plusieurs clubs mais c'est à Roquebrune que j'ai connu mes meilleures et plus exaltantes saisons".
Roquebrune où elle a joué un rôle essentiel dans la grande aventure roquebrunoise, apportant sa maîtrise technique et son expérience à un groupe très jeune qui gravissait les échelons à la vitesse de l’éclair. 
Elle a été, comme on dit, la bonne personne au bon moment. Son arrivée à Roquebrune lors de la saison 80/81 avec – déjà – Christian David (qui avait pris place sur le banc aux côtés de Paul Berio, l’un des cadres historiques du basket roquebrunois) permit de mettre l’équipe sur orbite. Invaincue en championnat régional, elle accédait pour la première fois à la NF3. Deux ans plus tard elle était championne de France de NF3 et montait donc à la NF2. Et l’année suivante atteignait la NF1 avec toujours le même « attelage » Christian sur le banc, Dédée capitaine sur le terrain. Ce sont des choses qui ne s’oublient pas !
Christian David, parlons-en un peu. Au même titre que les dirigeants « historiques » du club, son nom est à jamais associé à la grande aventure roquebrunoise. Lui le Niçois a été l’entraîneur qui a fait gravir les échelons de la gloire à son équipe et qui a été maintes fois appelé à son chevet par la suite lorsque ses successeurs faisaient faillite.
Comme Dédée, il n’avait pas vraiment le physique de l’emploi. Il compensait par sa passion, son sens tactique, sa dialectique… et un organe (vocal) à faire pâlir de jalousie le ténor le plus réputé. 
Et même s’il dépassait tout juste le nombril de ses plus grandes joueuses (enfin, un peu plus haut quand même !), aucune ne se serait permis de se rebiffer lorsque s’abattait sur elle une volée de mots pas vraiment doux… 
Trente ans après Christian est d’ailleurs le même avec ses petites U13 qu’il a maintes fois menées au titre de Ligue en leur imposant une discipline à côté de laquelle la rigueur des GI américains ressemblerait à une aimable colonie de vacances. 
Pour tout dire, j’ai souvent déploré la tendance de Christian à aller faire son « marché » dans les autres clubs – dont Roquebrune – pour bâtir des équipes quasiment invincibles. Mais c’est vrai qu’être entraîné par « Monsieur David » était l’argument choc pour convaincre les joueuses… et leurs parents. Dommage, finalement, que le Cavigal n'en ait pas mieux profité.
Bref, deux personnages au sens le plus noble du terme.

La déchirure

Courte dans le temps (cinq saisons + une avec entre les deux une relégation et une remontée immédiate), la saga roquebrunoise en NF1 a été marquée par l’incroyable « valse des entraîneurs » à laquelle on assista pendant plusieurs saisons. Grosso modo, on débutait une saison avec un coach et on la terminait avec un autre. Se succédèrent ainsi sur le banc David, Samper, David, Berti, Pallanca, David et Magnin !

Durant cette période, Christian David fut ainsi le Zorro du basket roquebrunois, reprenant le flambeau lorsqu’un de ses confrères était éjecté. Durant la saison 88/89, il fut même amené à diriger en même temps Roquebrune en NF1 et le Cavigal en NF3 !
Par la suite, d’ailleurs, pas mal d’autres coaches furent nommés puis éjectés (ou renoncèrent de leur propre chef) parmi lesquels Annie Charasse et Sacha Stanimirovitch. Coach était vraiment une situation très instable !
Il me reste aussi de cette époque glorieuse le souvenir d’un déplacement en Bourgogne. 
J’avais accepté l’invitation de Jean-Pierre Fasiolo avec départ en car le vendredi en soirée. Nous sommes arrivés sur place au cœur de la nuit, logés dans un hôtel situé en pleine campagne. Les filles qui avaient déjà dormi dans le car étaient en grande forme et on entendit un bon moment des cavalcades et des rires dans les couloirs ! Ce qui ne les empêcha pas de remporter un joli succès quelques heures plus tard.
Le cycle NF1 (A et B) s’est achevé sur une véritable débandade avec cette incroyable saison 1990/91 terminée « capot », 18 matches, 18 défaites. Inutile de préciser que René et moi ne savions plus quoi écrire même si René avait vécu quelques années plus tôt une expérience presque similaire avec les basketteurs mentonnais, ceux-ci évitant le capot grâce à… un match nul (qui existait encore).
Remontée en 1A une saison après avoir été reléguée, l’équipe roquebrunoise paraissait pourtant être, sur le papier, la plus forte jamais alignée avec une internationale française et deux internationales yougoslaves. Las, la première était manifestement venue « en vacances » avec une "surcharge pondérale" qui ne cessa de grandir au fil des semaines tandis que les deux autres étaient loin, très loin, d’une flatteuse réputation dont on apprendrait bien plus tard qu’elle était usurpée. Elles avaient effectivement été sélectionnées mais dans un groupe élargi à quelque 60 joueuses… et elles étaient plutôt vers la fin que le début de la liste !
Sept défaites consécutives d’entrée eurent raison de l’entraîneur Bernard Magnin et la saison s’acheva dans une ambiance plus que délétère conduisant le président Orengo à opter pour une double relégation. L’équipe repartirait en NF2 en zappant la NF1B où elle aurait pu jouer. C’était, théoriquement, pour pouvoir très vite remonter. De fait le ver (financier) était dans le fruit et trois joueuses majeures mirent même fin prématurément à leur saison. Un schéma qui ressemble étonnamment à celui de ces deux dernières saisons.
Car, malgré une indéniable réussite sportive, la saison de NF1 aura marqué le « commencement de la fin ».
Nous avions déjà beaucoup hésité – encore – en raison des incertitudes financières. Le gros problème est le décalage entre la mise en place d’une saison à partir du mois de juin (période des mutations) et le vote de la subvention qui n’intervient qu'au début de l'année suivante. On bâtit un budget en juin en se basant sur des rentrées d’argent… aléatoires et qui, dans le meilleur des cas, seront maintenues.Dans notre cas ce fut moins en dépit de toutes les promesses faites huit mois plus tôt.
En fait, dès l’annonce de la baisse de subvention, j’ai su que nous ne pourrions pas continuer en NF1.  De toute manière, y rester n’avait jamais été une priorité. Au moins pour les dirigeants. Car côté joueuses… Notre équipe est allée chercher le maintien au prix d’un véritable exploit.
Au demeurant, tous les pronostics sur le site de Basket Info nous citaient parmi les deux relégués. Les joueuses, elles, y croyaient. Et elles ont su se dépasser pour obtenir d’improbables victoires. Après chaque match, certaines avaient du mal à marcher et avaient besoin de deux jours au moins pour se remettre. Mais le samedi suivant elles remettaient « ça », avec toujours le même enthousiasme. Le club pouvait être fier d’elles. Je l’ai été.
Le renoncement à la NF1 a été pour elles un énorme choc. Un peu comme le peintre venant d’achever une toile et qui verrait celle-ci lacérée d’un coup de couteau.
L’équipe s’est complètement disloquée. Certaines nous ont quitté pour poursuivre à haut niveau dans un autre club ou pour des raisons professionnelles, d’autres à la suite d’une bisbille pour des raisons strictement personnelles.
Nous avons bâti un groupe autour de celles qui étaient restées (Barbara, Sarah, Marine F.) mais, quelque part, le cœur n’y était plus… comme il n’y avait pas été vingt ans plus tôt.
Le coach nous ayant lui aussi quitté, nous avons décidé de renouer avec le passé en faisant revenir Babette. C’était un choix logique compte tenu de l’empreinte qu’elle avait laissée au club avant de partir – assez fâchée – vers d’autres cieux où elle avait d’ailleurs brillé dans son rôle d’entraîneur. Mais c’était aussi faire un pari que l’on savait très risqué : faire cohabiter Babette et Barbara, deux (très) forts caractères qui, de surcroit, occupaient le même poste de meneuse. Avec en plus, au milieu, Sarah qui partage la vie de Barbara depuis plusieurs années et Sabine celle de Babette!
Nous avions espéré que le clash ne se produirait qu’au bout de quelques mois et que l’équipe serait, à ce moment, sauvée. Il est malheureusement arrivé très vite… via Sarah dès le deuxième match. Deux mois plus tard, Sarah et Barbara disparaissaient de nos radars, laissant notre équipe désemparée. Nos jeunes n’étaient pas suffisamment aguerries pour masquer la perte de nos deux meilleures joueuses. On connait la suite... qui nous ramène au présent.

3 commentaires:

  1. meme pas une phrase sur alec baldwin .....et une phrase peu respectueuse envers sacha et annie charras voir meme annie Brusterouss ( je ne sais pas comment cela s'ecrit) Vous ecrivez une phrase sur eux alors qu'ils ont fait partis des pilliers des entraineurs durant quelques années et où l'ambiance était très bonne dans les petites comme les grandes équipes! ce qui est l'essentiel non? tout le monde prenait du plaisir a venir s'entrainer, jouer, supporter les équipes et celle de la nationale 2 !... merci pour eux!!!!
    Une ancienne joueuse pendant 10 ans ( pas en n2 ) du club de cette époque !!!

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  2. je ne sais pas comment j'ai pu faire cette erreur de marquer Alec au lieu de Jean pierre Baldwin....

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  3. Juste une précision: cette saga ne raconte pas l'histoire de RCM Basket dans son ensemble mais essentiellement la période durant laquelle j'ai été président. D'où un certain nombre d'omissions parmi lesquelles, effectivement, Jean-Pierre Baldwyn. Tout le club avait été profondément marqué par sa brutale disparition et c'est à mon initiative qu'une plaque à sa mémoire a été apposée à côté du club-house, inaugurée autant que je m'en souvienne par le maire de la commune et Babette Aranda. Les "vieux" de ma génération ne l'ont pas oublié mais il n'a pas occupé, dans "mon" histoire, la place d'une Dédée ou d'un Christian qui ont marqué l'histoire du club. Après, c'est vrai qu'il y a eu tellement d'entraîneurs qu'il faudrait presque un lexique pour tous les répertorier! La phrase concernant Sacha et Annie vous paraît irrespectueuse. Je peux le comprendre mais si vous la replacez dans le contexte général du chapitre, vous comprendrez facilement que la critique s'adresse surtout aux dirigeants de l'époque.
    Je vous rejoins enfin sur un point: la "grande famille" que constituait RCM Basket dans les années 70-90 s'est malheureusement peu à peu éparpillée. La faute sans doute aux dirigeants dont j'ai fait partie, la faute surtout à une évolution des mentalités vers toujours plus d'individualisme et la disparition d'un certain esprit. Autrefois, les jeunes joueuses vivaient avec un ballon de basket dans les mains. Aujourd'hui, pour la grande majorité, c'est une occupation, un loisir parmi d'autres. Et, malheureusement, on ne peut pas lutter contre un état d'esprit!

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